école de Hogbonu
Hogbonu
Hogbonu
(Xògbónù), est le nom que les Adja, les fondateurs de la ville courant XVIe siècle ont donné à la ville que plus tard un “explorateur portugais” va appeler Porto-Novo.
Puisque l’idée de la création d’une école est née de la rencontre avec la ville, avec ses artistes, avec ses habitants, ce nom s’est naturellement imposé.
Skholè
ou scholè (en grec ancien : σχολή), « temps libre », « loisir », c’est aussi la racine du mot « école », en latin schola.
La racine indoeuropéenne du mot nous éclaire : le sens d’ékhô, c’est « posséder », plus exactement, « se posséder, être maître de soi ». La skholè n’implique pas tant l’inactivité que l’ouverture d’un espace d’activité pleinement autonome dans laquelle l’individu s’engage volontairement, sans y être contraint par des déterminations hétéronomes.
Pierre Bourdieu, dans son livre Méditations pascaliennes, donne au mot skholè un sens technique emprunté au mode de vie et à la pensée des Grecs : « temps libre et libéré des urgences du monde qui rend possible un rapport libre et libéré à ces urgences, et au monde »
L'école
L'école de Hogbonu est un foyer expérimental d'enseignement de l'art qui interroge la création, les pratiques artistiques et leur résonance dans la société. Dans son accompagnement pédagogique, l'école prend appui sur les spécificités du territoire, sur l'interdisciplinarité et la recherche.
Ses recherches portent sur un art qui, non seulement, selon la formule de Joseph Beuys,“sculpte la société” mais d'un art qui trouble l'espace entre l'art et la vie.
Le projet a été initié par Fabiola Badoi et Ewa Urban.
Elles ont été conseillées, appuyées dans leurs réflexions par leurs professeurs Alexandre Gurita et Jean-Baptiste Farkas et par des collègues artistes de leur session X, Soustraire, à l’IHEAP à Paris (actuellement ENDA) : Carine Guimbard, Rafael Medeiros, Ariel Kupfer, par Nathanael Vodouhè, artiste du Bénin, par des historiens et des enseignants de l’art au Bénin et en France: Joseph Adandé, Didier Houénoudé, Jean-Pierre Thibaud, Emmanuel Fillot.
Des ouvrages sur la pédagogie, sur des écoles d’art alternatives, des écrits d’artistes et des nombreux autres ouvrages ont été évidement un autre support essentiel à la réflexion.
Une préfiguration de l’école a eu lieu à Porto-Novo au Bénin sous le nom ceci n’est pas une école. Le projet a été présenté au MacVal à Ivry sur Seine et à AASF, la première foire des écoles d’art alternatives de New York. L’école de Hogbonu figure dans le catalogue des 52 écoles qui a été édité lors de l’évenement.
L’école de Hogbonu continue de se constuire avec Fabiola Badoi, Carine Guimbard, Ghislain Fadohan, Emmanuel Fillot, Nataska Roublov, Hervé Duchauffour, Ewa Urban... avec des artistes, des philosophes, des écrivains, des penseurs, des scientifiques, des historiens, des sociologues, des musiciens, des poètes....
L’école propose de :
Définir et défendre une identité artistique en s'appuyant sur l'héritage culturel du pays que l'école entend explorer et approfondir
Construire une pensée critique et renforcer le jugement esthétique en réfléchissant avec des artistes, historien·ne·s de l’art, historien-n-e-s, philosophes, sociologues, architectes, scientifiques, musicien·ne·s, poètes…
Traduire des cultures par la diversité des invité·e·s et des participant·e·s, par un échange simple, direct, sans hiérarchie
Décloisonner le savoir et faire surgir l'intime relation entre les disciplines
Inciter à la recherche dans le domaine de l'art et ralentir la surproduction d'objets d'art
Penser avec l'infime, l'inutile, l'absence, le vide, l’anomalie, l'écart, l'inconnu… et oser déranger, rater, paresser, rien faire, mal faire...
L'art d'une époque n'est pas le goût de cette époque. Marcel Duchamp
L'école de Hogbonu entend questioner la création et interroger les pratiques artistiques
Quelle création dans le contexte d'un monde assujeti à la surproduction, à la surconsommation, au gaspillage, où les effets de la pollution de l'environnement sont indéniables et peut-être irréversibles ?
Que penser de la surproduction dans l'art ?
Est-ce que l'objet est indissociable de la création pour faire oeuvre ?
Est-ce que l'art est destiné (dédié) au marché ? Aux institutions ?
pistes de réfléxion
Réfléchir sur la notion de désoeuvrement chez le philosophe Giorgio Agamben puissance de faire / puissance de ne pas faire
L'art peut intervenir sur la réalité ? Faire de l'art mais aussi faire quelque chose qui ne soit pas de l'art voir "faire faire quelque chose aux autres"* (qui ne soit pas de l'art)
autres pistes de réfléxion empruntées à l'artiste Jean-Baptiste FARKAS dans sa thèse de 2022 : De plus en plus de moins, l'art et ses logiques soustractives
Etablir des connexions avec la sensibilité écologique qui interroge l'état du monde à travers les notions de décroissance
Conduire à repenser pratique artistique et statut de l'œuvre d'art, afin de définir ce que pourraient être des pratiques artistiques vertueuses (sans que jamais on ne puisse exiger de l'art qu'il soit, lui, vertueux)
Raccorder l'art à la société et inversement
*Catherine Kerbrat-Orecchioni, Les actes de langage dans le discours, Théorie et fonctionnement, Nathan, 2001
L'école de Hogbonu propose de créer avec un minimum de moyens, de redorer les blasons de la rêverie, de la paresse, du repos, de la contemplation, de la convivialité, comme éléments défensifs et protecteurs naturels, comme décélération et temps nécessaires pour la liberté de penser. Un temps de découverte et d'errance. Un lieu carrefour pour la transmission, le partage de savoirs, des incertitudes, de l'intranquillité, des histoires de vie…
Orientée vers un renouveau du paysage artistique du Bénin, l'école de Hogbonu propose une ligne poétique qui défend un art en retrait, une création artistique qui tend à réduire la production matérielle d'oeuvres.
Programme
Fils d’Ariane
Des fils à dérouler dans le labyrinthe de la création, les FDA aiguisent la réflexion et affinent la démarche.
- Qui suis-je ? Je est un autre
- Histoire du Bénin et des civilisations africaines
- Philosophie, histoire des religions
- Littérature, poésie, musique, théâtre et arts
- Observations et incertitudes
- Une histoire de l'art, une histoire du monde ?
- I will survive — marché de l'art, économies alternatives
Les cours sont dispensés par des invité-e-s venu-e-s d’horizons divers : artistes, historien·ne·s de l’art, historien-ne-s, sociologues, écrivain·e·s, économistes, linguistes, géologues, philosophes, danseur-se-s, musicien·ne·s, poètes…
Sorties du connu
Passages à l'acte, individuels ou collectifs, de courte durée, et réalisation d'œuvres d'art ouvertes qui s'inscrivent dans la vie « ordinaire ».
- 14 séances de travaux pratiques accompagnés
- 4 projets intermédiaires individuels
- 2 projets intermédiaires collecti
Admission
Lieu
L’école n’a pas de lieu fixe. Elle peut se poser dans d'autres villes chez des particuliers, dans un musée ou une bibliothèque, sous un iroko, dans un jardin...
Un espace est mis à disposition au centre culturel ENAKPAMI à Abomey-Calavi.
Des activités seront proposées dans differents espaces à Porto Novo et Natitingou.
Pour qui
L'école s'adresse à des adultes, artistes ou personnes intéressées de faire de l'art une pratique, sans condition de diplôme, de profession, ni limite d'âge. Toutefois une place importante sera faite aux femmes et aux jeunes. Requis : disponibilité, curiosité, esprit d’ouverture, capacité de travail en collectif, goût du risque et de l’experimentation...
Le nombre de participant·e·s annuel est plafonné à 15 personnes.
Cursus
Le cursus complet s'étale sur deux années, reparti en deux modules de 3 mois par année.
Les cours sont dispensés en français — une bonne connaissance de la langue française à l'oral et à l'écrit est requise.
Fonctionnement
L'école vit des interactions, elle se repense en permanence. A la fin de chaque année, elle intégrera dans son programme certaines des propositions des étudiants.
Coût de la formation
À acquitter en une fois au début de chaque année d’étude. Un accompagnement dans la recherche de bourses et subventions pourrait être envisagé.
Candidature
Une lettre de motivation suivie d’un entretien avec les candidat·e·s. La décision d'admission sera prise après l’entretien avec une commission choisie parmi les membres fondateurs et les collaborateurs de l’école.
Diplôme
L'école de Hogbonu n'accorde pas de diplôme. La rédaction de la démarche artistique à la fin du cursus et le projet final qui l'illustrera donnent lieu à la délivrance d'une attestation de fin d'études.
Il y a dans la Constitution du 24 juin 1793 un article que je trouve tout à fait délicieux : « La loi doit protéger la liberté publique et individuelle contre l’oppression de ceux qui gouvernent. » (Article 9.)
Catherine Baker, L'insoumission à l'école obligatoire, Bernard Barrault, 1985
Pour cela, bien entendu, le plus urgent à faire est de rendre illégaux les diplômes. Illich avec les signataires du Manifeste de Cuernavaca insiste beaucoup là-dessus. Il faut empêcher toute discrimination fondée sur la scolarité. Il est absurde et injuste de juger (en bien et en mal) un homme sur son passé scolaire. Qu’est-ce que c’est que cette pratique qui consiste à se renseigner sur tel ou tel pour savoir s’il s’est montré dans son jeune âge capable de répéter ce qu’on lui demandait de répéter ? Ça rime à quoi ?
Il faut supprimer les diplômes comme le casier judiciaire et pour les mêmes raisons.
Structure & objectifs
L’association loi de 1901 école de Hogbonu a été fondée par Fabiola Badoi et
Carine Guimbard en France, à Paris. Elle est reconnue comme association internationale et enregistrée à Porto-Novo au Bénin. Son mandataire au Bénin est Ghislain Fadohan.
L’association propose de questionner la création et de réfléchir sur des pratiques artistiques alternatives à travers la mise en oeuvre progressive d’un programme de formation en art à Porto-Novo et à Natitingou s’appuyant sur la création d’une médiathèque et d’une artothèque.
La médiathèque ADN — fonds documentaire L’artothèque Itinéraire bis — prêt d’œuvres L’école de Hogbonu — volet pédagogique
Médiathèque ADN
Fonds documentaire en consultation présenté sous la forme d’une cantine dans l’espace dédié à l’école de Hogbonu au centre culturel ENAKPAMI, à Abomey-Calavi.
Alimentée par les collaborateurs de l’école et par les participants aux ateliers, il nourrit les questionnements de l’école autour de la création, apporte des connaissances dans divers domaines : art, histoire de l’art, histoire, philosophie, sociologie, sciences du language, littérature… partage et fait circuler les savoirs. Deux autres cantines seront prévues à Porto-Novo et Natitingou.
Artothèque Itinéraire bis
Initiation de prêts d’oeuvres déjà existantes à des diverses structures : institutions, entreprises et autres espaces publics (sans contrepartie financière).
Itineraire bis comme voie alternative pour des oeuvres qui par leur absence allègent les ateliers d’artistes.
École de Hogbonu
Avant la mise en oeuvre du programme de l’école, pour donner un aperçu de sa pédagogie et préparer le terrain pour ses propositions alternatives, l'association école de Hogbonu propose 4 ateliers annuels dédiés à des pratiques artistiques expérimentales et lance 4 appels à candidature annuels à des projets de création.
Les lectures des écrits d'artistes ou des poètes, d'écrivains ou de philosophes, les lectures des livres en arpentage, les projections de films et les auditions d'enregistrements de musique, amorces pour des interactions entre participants pour réfléchir sur la création et réaliser des projets en cohérence avec l’orientation de l’école.
Les ateliers seront pilotés par des artistes, par des historien·ne·s de l’art, par des étudiant·e·s en histoire de l’art, par d’autres invité·e·s de l’école, en présentiel ou en visio, à distance.
Livres & textes · documents vidéo & audio · podcasts
Bibliographie
Court, Raymond (2008), « Art et non-art « Perte du métier » et « nihilisme culturel
contemporain » ? », Archives de philosophie 2002/4 Tome 65, p.565 à 582, Paris : Éditions Facultés Loyola
Bataille, Georges (1949), La part maudite, Paris : Les Editions de minuit
de la Boétie, Etienne (1983, 1543), Discours de la servitude volontaire, Paris : Flammarion,
Dewey, John (2005, 1934), L’art comme expérience, Pau & Tours : Presses Universitaires de Pau et Farrago Editions
Fanon, Franz (2004, 1961), Les damnés de la terre, Paris : La découverte
Fanon, Franz (2015, 1952), Peau noire, masques blancs, Paris : Points
Fluxus dixit, Une anthologie, vol 1 (2002), Dijon : Les presses du réel
Hountondji, Paulin J. (1977), Sur la “philosophie africaine”, Critique de l’ethnophilosophie,
Paris : Editions François Maspero, textes à l’appui
Illich, Ivan (2003, 1971), La convivialité, Paris : Seuil
Internationale Situationniste, (1958-1969) (1997), Paris : Librairie Arthème Fayard
Jouannaisan, Jean-Yves (2009), Artistes sans oeuvres, I would prefere not to, Paris : Verticales
Kaprow, Allan (1996), L’art et la vie confondus, Supplémentaires BPI, Paris : Centre Georges
Pompidou
Mbembé, Achille (2016, Politiques de l’inimitié, Paris : La Découverte
Melville, Herman (2009), Barthelby, Paris : Editions Amsterdam
Moineau, Jean-Claude (2007), Contre l’art global, pour un art sans identité, Alfortville Editions JOU
Sarr, Felwine (2016), Afrotopia , Paris : Editions Philippe Rey
John Cage — 10 règles pour étudiants et enseignants
PODCASTS
Des formes utiles
Radio Cause commune, 93.1 FMFabiola Badoi - entretiens avec artistes
Jean-Baptiste Farkas
Less is less
Laisser le manque au manque
Emmanuel Fillot
Fuir vers le réel
Avectivité
Ariel Kupfer
Dans l’intimité de l’étonnement
De la matériosophie au musée caché
Nataska Roublov
En corps
Les corps imaginaires
Daphné Bitchatch
Peindre
Peindre dit-elle (et écrire)
Carine Guimbard
La mémoire de l’oubli
En réserve
Didier Houénoudé
Identités en mouvement
De l’art et de l’histoire (de l’art)
mathilde Capone
La théorie dans la chair
“On est là”
Marc Dillet
L’incréé
Le regard du chevreuil
Martine Audet
Des formes utiles rejouent sans cesse
/Transmettre et donner des livres, des articles, des mots fondateurs issus de la pratique d’une recherche artistique./
Carine Guimbard, 2025-10-25 ; projet proposé par Ewa Urban
L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. Robert Filliou
Chronologie (im)possible
Fabiola Badoi
vit à Paris en France
Un régime totalitaire, la conquête d'une liberté souterraine, en marge, apprise au contact des poètes, des artistes, des lectures, des rencontres, une frontière franchie illégalement, l'exil dans quelques pays européens, un séjour à Cuba, des voyages et séjours dans l'Afrique de l'Ouest, le travail avec des artistes du Bénin, ont éveillé mon goût de la recherche, des sorties du connu…
Ewa Urban
vit à Bonn en Allemagne
Dès le début, j’ai réfléchi sur la conception du travail sans le poids de l'examen, sur le travail pour le plaisir de l'art, du partage, par les voyages. Avec ma professeur Anne-Marie Bonnet j’ai compris qu'on apprend plus sur l'art lors d'une visite d'un atelier d'artiste que pendant cinq années dans un amphithéâtre.
46 ateliers ouvrent leurs portes à Porto Novo et Cotonou. Le catalogue Waba recense en textes et images le travail des 46 artistes participants. Il sera financé par AFAA.
Fabiola Badoi et sa collègue Ewa Urban commencent à dessiner le projet d’une école d'art expérimentale à Porto-Novo au Bénin.
Les archives visuelles du projet d’école déroulé à Porto-Novo au Bénin seront présentées sous forme de mail art et de récits au MacVal Ivry/Seine dans l’exposition collective SOUSTRAIRE des 15 artistes de la session X dirigée par l’atiste et enseignant en art Jean-Baptiste Farkas.
Le mandataire de l’école de Hogbonu en France au Bénin est Ghislain Fadohan.
Des nouveaux collaborateurs se rajoutent : Emmanuel Fillot, Hervé Duchauffour, Nataska Roublov. Des réunions à Paris et en visio avec Ghislain Fadohan à Abomey-Calavi au Bénin permettent de préparer le lancement en 2026 des activités de l’association.
Documentation
ceci n’est pas une école
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béTerryRichardsonlrvingPennZaneleMuholiTraceyEminJohnBaldessariYoko0noJos
ephKosuthRenéMagritteAppropriationartlescercueilssculptésduGhanalheap(Enda)
Prendre corps
Prendre corps
je te flore /
tu me faune /
je te peau / je te porte / et te fenêtre /
tu m’os / tu m’océan / tu m’audace / tu me météorite /
je te clé d’or / je t’extraordinaire / tu me paroxysme / tu me paroxysme / et me paradoxe / je te clavecin / tu me silencieusement / tu me miroir / je te montre / tu me mirage / tu m’oasis / tu m’oiseau / tu m’insecte / tu me cataracte / je te lune / tu me nuage / tu me marée haute / je te transparente / tu me pénombre / tu me translucide / tu me château vide / et me labyrinthe / tu me parallaxes / et me parabole / tu me debout / et couché / tu m’oblique / je t’équinoxe / je te poète / tu me danse / je te particulier / tu me perpendiculaire / et sous pente / tu me visible / tu me silhouette / tu m’infiniment / tu m’indivisible / tu m’ironie / je te fragile / je t’ardente / je te phonétiquement / tu me hiéroglyphe / tu m’espace / tu me cascade / je te cascade à mon tour / mais toi / tu me fluide / tu m’étoile filante / tu me volcanique / nous nous pulvérisable / nous nous scandaleusement / jour et nuit / nous nous aujourd’hui même / tu me tangente / je te concentrique / concentrique / tu me soluble / tu m’insoluble / en m’asphyxiant / et me libératrice / tu me pulsatrice / pulsatrice / tu me vertige / tu m’extase / tu me passionnément / tu m’absolu / je t’absente / tu m’absurde / je te marine / je te chevelure / je te hanche / tu me hantes / je te poitrine / je buste ta poitrine / puis ton visage / je te corsage / tu m’odeur / tu me vertige / tu glisses / je te cuisse / je te caresse / je te frissonne / tu m’enjambes / tu m’insupportable / je t’amazone / je te gorge / je te ventre / je te jupe / je te jarretelle / je te peins / je te bach / pour clavecin / sein / et flûte / je te tremblante / tu m’as séduit / tu m’absorbes / je te dispute / je te risque / je te grimpe / tu me frôles / je te nage / mais toi / tu me tourbillonnes / tu m’effleures / tu me cerne / tu me chair cuir peau et morsure / tu me slip noir / tu me ballerine rouge / et quand tu ne haut talon pas mes sens / tu es crocodile / tu es phoque / tu es fascine / tu me couvres / et je te découvre / je t’invente / parfois / tu te livres / tu me lèvre humide / je te délivre / je te délire / tu me délire / et passionne / je t’épaule / je te vertèbre / je te cheville / je te cil et pupille / et si je n’omoplate pas / avant mes poumons / même à distance / tu m’aisselle / je te respire / jour et nuit / je te respire / je te bouche / je te baleine / je te dent / je te griffe / je te vulve / je te paupière / je te haleine / je t’aime / je te sens / je te cou / je te molaire / je te certitude / je te joue / je te veine / je te main / je te sueur / je te langue / je te nuque / je te navigue / je t’ombre / je te corps / je te fantôme /
je te rétine / dans mon souffle / tu t’iris /
je t’écris /
tu me penses
Manque (extrait)
Manque (extrait)
Je veux dormir à tes côtés et faire tes courses et porter tes sacs et te dire comme j’aime être avec toi mais ils continuent à me faire faire des sottises. Et je veux jouer à cache-cache et te donner mes vêtements et te dire que j’aime bien tes chaussures et m’asseoir sur les marches pendant que tu prends ton bain et te masser le cou et t’embrasser les pieds et te tenir la main et sortir dîner sans m’énerver quand tu manges dans mon assiette et te retrouver au Rudy’s et te parler de la journée et taper ton courrier et te porter tes affaires et rire de ta paranoïa et te donner des cassettes que tu n’écoutes pas et regarder des films géniaux et regarder des films nuls et me plaindre de la radio et prendre des photos de toi quand tu dors et me lever pour aller te chercher du café et des bagels et des feuilletés et aller au Florent boire un café à minuit et te laisser me voler mes cigarettes sans jamais être fichue de trouver une allumette et te parler du programme que j’ai vu la veille à la télé et t’emmener à la clinique des yeux et ne pas rire à tes blagues et avoir envie de toi le matin mais te laisser dormir et t’embrasser le dos et te caresser la peau et te dire comme j’aime tes cheveux tes yeux, tes lèvres, ton cou tes seins ton cul et fumer assis sur les marches jusqu’à ce que ton voisin rentre et fumer assis sur les marches jusqu’à ce que tu rentres et m’inquiéter quand tu es en retard et m’émerveiller quand tu es en avance te donner des tournesols et aller à la fête et y danser à en devenir bleu et me trouver désolé quand je suis dans mon tort et heureux quand tu me pardonnes et regarder tes photos et désirer t’avoir toujours connue et entendre ta voix dans mon oreille et sentir ta peau contre ma peau et avoir peur de tes colères quand tu te retrouves avec un œil tout rouge et l’autre bien bleu les cheveux du côté gauche et ton visage qui prend un air oriental et te dire que tu es splendide et te serrer contre moi quand tu es anxieuse et t’étreindre quand tu as mal et te vouloir rien qu’à sentir ton odeur et te blesser quand je te touche et gémir quand je suis à tes côtés et gémir quand je ne le suis pas et bavoter sur tes seins et te recouvrir dans la nuit et avoir froid quand tu tires la couverture et chaud quand tu ne le fais pas et m’attendrir quand tu souries et fondre quand tu ries et ne pas comprendre pourquoi tu penses que je te rejette quand je ne te rejette pas et me demander comment tu peux bien penser que ça pourrait un jour arriver et me demander qui tu es mais t’accepter de toutes façons et te parler du garçon arbre et ange à la fois de la forêt enchantée qui a traversé l’océan parce qu’il t’aimait et t’écrire des poèmes et me demander pourquoi tu ne me crois pas et éprouver un sentiment si profond que je ne trouve pas de mots pour l’exprimer et avoir l’idée de t’acheter un chaton et j’en serais jaloux parce que tu t’occuperais plus de lui que de moi et te garder au lit quand tu dois t’en aller et pleurer comme un bébé lorsque tu finis par le faire et me débarrasser des cafards et t’acheter des cadeaux que tu ne veux pas et que je remballe comme d’habitude et te demander en mariage pour que tu me dises non comme d’habitude et que je recommence malgré tout parce que si tu penses que je ne le souhaite pas pour de bon c’est exactement ce que je veux depuis ma toute première demande et errer dans la ville en trouvant que sans toi elle est vide et vouloir ce que tu veux et me dire que je me perds mais tout en sachant qu’avec toi je suis en sûreté et te raconter ce que j’ai de pire et te donner ce que j’ai de mieux parce que tu ne mérites pas moins et répondre à tes questions quand j’aimerai autant pas et te dire la vérité quand je n’y tiens vraiment pas et chercher à être honnête parce que je sais que tu préfères et me dire tout est fini mais tenir encore dix petites minutes avant que tu ne me sortes de ta vie et oublier qui je suis et me rapprocher de toi parce que c’est beau d’apprendre à te connaître et ça mérite bien un effort et m’adresser à toi dans un mauvais allemand et en hébreu c’est encore pire et faire l’amour avec toi à trois heures du matin et peu importe peu importe peu importe comment mais communiquer un peu de / l’irrésistible immortel invincible inconditionnel intégralement réel pluri-émotionnel multi spirituel tout-fidèle éternel amour que j’ai pour toi.
Cascando
Cascando
Pourquoi pas simplement les désespérés
d’avoir parfois
répandu un flot de mots
ne vaut-il pas mieux avorter que d’être stérile
les heures qui suivent ton départ sont à tel point de plomb
elles commenceront toujours trop tôt à traîner
les grappins ratissant aveuglément le lit du manque
ramenant à la surface les os les vieilles amours
orbites qu’habitaient jadis des yeux semblables aux tiens
tout toujours vaut-il mieux trop tôt que jamais
la boue noire du manque éclaboussant leurs visages
disant encore
jamais neuf jours n’ont rejeté l’être aimé à flot perdu
ni neuf mois
ni neuf vies
2
disant encore
si ce n’est toi qui m’enseignes je n’apprendrai pas
disant encore il y a une dernière fois
de toutes les dernières fois
dernières fois que l’on supplie
dernières fois que l’on aime
que l’on sait qu’on ne sait faisant semblant
une toute dernière des dernières fois que l’on dit
si ce n’est toi qui m’aimes je ne serai pas aimé
si ce n’est toi que j’aime je n’aimerai pas
le barattage des mots rances dans le coeur encore
amour amour amour bruit sourd du vieux pilon
broyant les inaltérables
grumeaux de mots
terrifié encore
de ne pas aimer
d’aimer mais pas toi
d’être aimé mais pas de toi
de savoir qu’on ne sait faisant semblant
semblant
moi et tous les autres qui t’aimeront
s’ils t’aiment
3
à moins qu’ils ne t’aiment
Les causes
Les causes
Les crépuscules et les générations.
Les jours dont aucun ne fut le premier.
La fraîcheur de l'eau dans la gorge
D'Adam. L'ordre du Paradis.
L'œil déchiffrant les ténèbres.
L'amour des loups à l'aube.
La parole. L'hexamètre. Le miroir.
La tour de Babel et l'arrogance.
La lune que regardaient les Chaldéens.
Les sables innumérables du Gange.
Tchouang-tseu et le papillon qui le rêve.
Les pommes d'or des îles.
Les pas du labyrinthe vagabond.
La toile infinie de Pénélope.
Le temps circulaire des stoïques.
La monnaie dans la bouche du mort.
Le poids de l'épée sur la balance.
Chaque goutte d'eau dans la clepsydre.
Les aigles, les fastes, les légions.
César le matin de Pharsale.
L'ombre des croix sur la terre.
Les échecs et l'algèbre du Persan.
Les traces des longues migrations.
La conquête des royaumes avec l'épée.
La boussole incessante. la mer ouverte.
L'écho de la pendule dans la mémoire.
Le roi exécuté à la hache.
La poussière incalculable des armées.
La voix du rossignol au Danemark.
La ligne scrupuleuse du calligraphe.
Le visage du suicidaire dans la glace.
La carte du joueur. L'or vorace.
Les formes du nuage dans le désert.
Chaque arabesque du kaléidoscope.
Chaque remords et chaque larme;
Il a fallu toutes ces choses
Pour que nos mains se rencontrent.
Lettres à un jeune poète
Lettres à un jeune poète
Vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l’avez déjà demandé à d’autres. Vous les envoyez aux revues. Vous les comparez à d’autres poèmes et vous vous alarmez quand certaines rédactions écartent vos essais poétiques. Désormais (puisque vous m’avez permis de vous conseiller), je vous prie de renoncer à tout cela. Votre regard est tourné vers le dehors ; c’est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire.
Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n’est qu’un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s’il vous était défendu d’écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit : « Suis-je vraiment contraint d’écrire ? » Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : « Je dois », alors construisez votre vie selon cette nécessité. Votre vie, jusque dans son heure la plus indifférente, la plus vide, doit devenir signe et témoin d’une telle poussée. Alors, approchez de la nature. Essayez de dire, comme si vous étiez le premier homme, ce que vous voyez, ce que vous vivez, aimez, perdez.
N’écrivez pas de poèmes d’amour. Évitez d’abord ces thèmes trop courants : ce sont les plus difficiles. Là où des traditions sûres, parfois brillantes, se présentent en nombre, le poète ne peut livrer son propre moi qu’en pleine maturité de sa force. Fuyez les grands sujets pour ceux que votre quotidien vous offre. Dites vos tristesses et vos désirs, les pensées qui vous viennent, votre foi en une beauté. Dites tout cela avec une sincérité intime, tranquille et humble.
Utilisez pour vous exprimer les choses qui vous entourent, les images de vos songes, les objets de vos souvenirs. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses. Pour le créateur rien n’est pauvre, il n’est pas de lieux pauvres, indifférents. Même si vous étiez dans une prison, dont les murs étoufferaient tous les bruits du monde, ne vous resterait-il pas toujours votre enfance, cette précieuse, cette royale richesse, ce trésor des souvenirs ? Tournez là votre esprit.
Tentez de remettre à flot de ce vaste passé les impressions coulées. Votre personnalité se fortifiera, votre solitude se peuplera et vous deviendra comme une demeure aux heures incertaines du jour, fermée aux bruits du dehors. Et si de ce retour en vous-même, de cette plongée dans votre propre monde, des vers vous viennent, alors vous ne songerez pas à demander si ces vers sont bons. Vous n’essaierez pas d’intéresser des revues à ces travaux, car vous en jouirez comme d’une possession naturelle, qui vous sera chère, comme l’un de vos modes de vie et d’expression.
Une œuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité. C’est la nature de son origine qui la juge. Aussi, cher Monsieur, n’ai-je pu vous donner d’autre conseil que celui-ci : entrez en vous-même, sondez les profondeurs où votre vie prend sa source. C’est là que vous trouverez la réponse à la question : devez-vous créer ? De cette réponse recueillez le son sans en forcer le sens. Il en sortira peut-être que l’Art vous appelle. Alors prenez ce destin, portez-le, avec son poids et sa grandeur, sans jamais exiger une récompense qui pourrait venir du dehors. Car le créateur doit être tout un univers pour lui-même, tout trouver en lui-même et dans cette part de la Nature à laquelle il s’est joint.
Il se pourrait qu’après cette descente en vous-même, dans le « solitaire » de vous-même, vous dussiez renoncer à devenir poète. (Il suffit, selon moi, de sentir que l’on pourrait vivre sans écrire pour qu’il soit interdit d’écrire.) Alors même, cette plongée que je vous demande n’aura pas été vaine. Votre vie lui devra en tout cas des chemins à elle. Que ces chemins vous soient bons, heureux et larges, je vous le souhaite plus que je ne saurais le dire.
Que pourrais-je ajouter ? L’accent me semble mis sur tout ce qui importe. Au fond, je n’ai tenu qu’à vous conseiller de croître selon votre loi, gravement, sereinement. Vous ne pourriez plus violemment troubler votre évolution qu’en dirigeant votre regard au dehors, qu’en attendant du dehors des réponses que seul votre sentiment le plus intime, à l’heure la plus silencieuse, saura peut-être vous donner. "
Il ne s'agit pas de former, il ne s'agit pas d'articuler des messages (…) ; expression, fantaisie, abstraction : ne sont-elles pas des fictions vides ?
Piero Manzoni, Libre dimension, Contre rien
Il n'y a rien à dire, il n'y a qu'à être, il n'y a qu'à vivre.
Actualités
Présentation et lancement des activités de l'école de Hogbonu
L'association école de Hogbonu organise à Porto-Novo au Bénin, une présentation publique de la structure et de ses futures activités.
Une nouvelle présentation sera faite ultérieurement au centre ENAKPAMI à Abomey-Calavi et à Natitingou.
La présentation s’adresse à des artistes ou des personnes intéréssées par faire de l’art une pratique.
Cette rencontre sera l’occasion de faire connaissance avec les fondatrices et leurs collaborateurs, de présenter le premier atelier et lancer le premier appel à projets.
Lieux : Porto-Novo, Abomey Calavi et Natitingou selon un calendrier, des lieux et des horaires à définir.
Intervenant·e·s en visio : membres du collectif de l'école, invité·e·s artistes, chercheur·euse·s et en présenciel avec les partenaires associatifs.
Paris, France/Porto-Novo, Bénin
Association loi de 1901, école de Hogbonu fondée par
Fabiola Badoi et Carine Guimbard à Paris en France.
Enregistrée à Porto-Novo au Bénin en tant qu’association internationale.
Mandataire au Bénin, Ghislain Fadohan